Chaussure et pathologies

     De nombreux patients se posent (et me posent) la question : qu’est ce qu’une bonne chaussure ?
Voila donc quelques éléments de réponse qui, j’espère, pourront vous éclairer un peu.

Chaussures - type

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     Oui, c’est difficile de se chausser correctement, mais cela vaut la peine de prendre le temps de bien choisir ses chaussures car c’est un élément qui a une influence importante dans le contrôle de la posture, et donc, dans la santé. Concernant le prix, à mon humble avis il est préférable de dépenser 30 ou 50€ de plus pour avoir une paire de chaussures de meilleure qualité, qui durera plus longtemps et surtout qui évitera de créer ou de favoriser des pathologies.
De même, lorsque les chaussures sont usées, en particulier lorsqu’elles ont pris la déformation du pied, il est préférable de les changer sans délai.

Non, je ne vous conseillerai pas de marque car pour chaque marque il existe des modèles différents, de plus ou moins bonne qualité. Vous devrez donc les tester vous même, en tenant compte des points suivants :

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Voûtes et reliefs internes :

     Je vais ici mettre à mort une idée reçue qui a la vie dure et qui a fait bien des dégâts : porter des chaussures (ou des semelles !) comprenant une “voute plantaire” est inutile, voire dangereux, que ce soit pour les adultes ou les enfants, hormis dans certains cas bien précis, et le plus souvent de manière provisoire.

En effet, dites vous bien que si la nature nous a doté d’une voute au niveau du pied (arche interne), ce n’est pas pour faire joli, mais bien pour que l’appui se fasse au niveau des piliers de cette voute (comme pour un pont), c’est à dire au du talon et à l’avant-pied : là ou la peau est assez épaisse pour recevoir cet appui.

Boucher cette voute, surtout avec un élément rigide, risque de perturber le fonctionnement biomécanique normal du pied en limitant sa souplesse articulaire (voir Rôle du pied). De plus, si la sensation est parfois agréable au début, elle peut devenir gênante par la suite, voire occasionner des ampoules, car la peau de cette zone est très fine et n’est pas faite pour supporter un appui permanent.

La voute a aussi l’inconvénient majeur de prendre beaucoup de place dans la chaussure.

Enfin, la voute constitue un calage passif, et on peut penser que son port à long terme n’incite pas les muscles inverseurs (muscles dont le rôle est de lutter contre l’affaissement du pied, et de maintenir l’arche interne justement) à travailler, et favorise à terme, l’affaissement plantaire. Il existe d’autres manières de corriger un pied valgus : avec des stimulations, plus fines, aussi efficaces, et qui incitent les muscles à corriger de manière active le défaut de posture (voir Traitements posturaux).

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   Quand aux reliefs présents à l’intérieur des chaussures, utilisés comme argument commercial pour vous faire maigrir, vous masser, ou aider le retour veineux, on touche là à l’hérésie pure et simple. En effet, des stimulations fines sur les capteurs plantaires ont un effet postural (voir Traitements posturaux); le problème, c’est que pour être sûr que cet effet soit bénéfique, il faut bien choisir les stimulations en fonction du bilan postural. Chaque personne ayant une histoire et une posture différente, il y a donc très peu de chances que des stimulations non personnalisées vendues dans le commerce correspondent à votre dérèglement postural !
De plus, ces reliefs sont souvent très nombreux, trop nombreux : l’expérience montre qu’il est préférable d’utiliser le moins de stimulations possible pour que l’information soit assimilée plus facilement et obtenir un meilleur résultat thérapeutique. A l’inverse, utiliser des stimulations nombreuses et non personnalisées tend à effondrer le tonus musculaire (et donc n’aide pas à se repousser du sol – à se tenir debout) (Nurse et al 2005).

Chaussures à éviter

Épaisseur et dureté de la semelle :

     De nombreux auteurs recommandent de choisir des chaussures avec des semelles assez souples pour ne pas gêner le déroulé du pas (donc éviter les semelles en bois, en métal et autres aberrations biomécaniques), et sufisamment dures (à la compression). 

En effet, une semelle trop molle et/ou trop épaisse a pour effet d’isoler le pied du sol, et donc “d’anesthésier” les capteurs présents dans la peau plantaire, et qui jouent un rôle fondamental dans le contrôle de l’équilibre. (voir Rôle du pied)
Les semelles épaisses et molles sont donc délétères pour la posture. (Robbins et al 1991, 1994, 1997, Villeneuve et Villeneuve 2005, Chiang et Wu 1997, Weber et Gagey 1998). De plus, elles peuvent même diminuer voire annihiler l’effet des semelles posturales (Burgess 1996).

Attention

Ne choisissez pas vos chaussures uniquement sur un critère de confort, sinon vous allez opter pour les plus molles, avec les conséquences décrites ci-dessus. Dites vous qu’après quelques jours vous vous serez habitué à vos chaussures, même si elles vous paraissent peu confortables au début. La santé est plus importante que le confort (et que l’esthétique).

De même, éviter les chaussures toutes molles (typiquement les Converses) et non lacées, dans lesquelles le pied flotte complètement.

 

Hauteur du talon :

   Encore une idée reçue à abattre : on entend souvent dire qu’un “petit talon” de 5-6 cm est préférable sans entendre la moindre justification à ce chiffre. A ma connaissance il n’y en a aucune. En revanche, au moins une étude (De Tauziat et al 2010) montre que c’est justement la hauteur de talon la plus péjorative pour la posture !

Le mieux est de porter des talons le plus bas possible. L’être humain est fait au départ pour marcher pieds nus, il n’y a donc aucune raison (médicale) de porter des talons. Si vous y tenez absolument, il est préférable de le faire de manière ponctuelle (une soirée plutôt qu’une journée), et avec un talon dont la base est la moins fine possible pour limiter le déséquilibre.

On sait qu’il y a une activité accrue du muscle soléaire (muscle du mollet), et donc surement de toute la chaine musculaire postérieure, lorsque la hauteur du talon augmente (Joseph et Nightingale 1956). D’autre part, les hauts talons augmentent la force d’impact au sol, et donc les microtraumatismes (Yung-Hui et Wei-Hsien 2005, Hong et al 2005). Ces deux raisons laissent supposer que les hauts talons favorisent toutes les pathologies mécaniques du membre inférieur et du rachis…

Enfin, dernier méfait (connu) des talons : ils entravent la fonction de retour veineux, favorisant donc les problèmes d‘insuffisance veineuse ! (Lindemayr et Santler 1979, Tedeschi et al 2012)

Si vous vous sentez mieux avec des talons hauts, c’est sans doute que vous vous y êtes habituée depuis des années. Si ce n’est pas déjà le cas, vous risquez de le payer prochainement, notamment avec des lombalgies. Le plus sage est de vous réhabituer progressivement à porter des talons plus bas : en diminuant petit à petit la hauteur (ne passez pas de 10 cm à 0 d’un coup).

 

Résumé : chaussures à privilégier

Chaussures valables

 

  Date de création de la page : 13/08/2013
Date de dernière modification : 13/08/2013

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